Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /2008 16:26

Paris perdu

Cédric Klapisch, rôdé au "film choral" met le paquet en réunissant la crème des acteurs français. Un casting impressionnant qui fait confronter les Parisiens à leur petits tracas et aux plus graves, du genre...la mort. Paris, c'est beaucoup de profs pour une unique leçon: Carpe Diem. Si on le sait déjà, on peut sécher le DVD ?





Paris prend comme angle le regard universel que porte un homme mourant sur la vie des autres. Sur leurs petits soucis qui voilent leur bonheur et passent à côté : la peur de vieillir chez un prof (Luchini), la peur de plus être jeune chez sa soeur (Binoche) le désordre amoureux chez un marchand de légumes (Dupontel) ou encore la peur d'être "normal" chez un architecte (Cluzet). La liste est loin d'être exhaustive. C'est d'ailleurs l'un des principaux points noirs de ce Paris: la surabondance.


Paris Patchwork

Paris mérite certainement son étiquette de film choral, ce n'est rien de le dire. Pas moins de quinze histoires, traitées de manière plus ou moins approfondies parcourent les divers quartiers de Paris. Si certaines sont particulièrement réussies (celles de Fabrice Luchini en pleine crise existentielle ou Romain Duris face à l'échafaud), d'autres sont complètement survolées, voire abandonnées en cours de route. Klapisch effleure son sujet, ce qui n'est pourtant pas à son habitude. Rien que la quête d'identité des personnages semblent passer à la moulinette pour tirer les larmes ou les sourires. L'ensemble paraît vite emballé, pesé et monté , en témoigne le pourtant astucieux parcours de l'immigrant, seul protagoniste qui rêve encore de Paris. Aussi, pour atteindre l'épicentre de la trame et le coeur du public, le réalisateur use de nombreux raccourcis, par manque de temps ou par mégalo cinématographique. Frustrant.




Paris dicule

Le spectateur est souvent laissé de côté, pas concerné - c'est le comble vu le sujet du film; La cause incombe à une impression de bordel assez mal organisé, au scénario peut-être trop arrondi. La conséquence, pour les spectateur est de ne pas apprécier des scènes peu subtiles ou complètement hors-sujet. On pense notamment à la visite des bourgeoises chez les ouvriers. Les égéries de la mode font un extra en se tapant le fleuron du marché ouvert parisien dans une chambre froide remplie de cadavres de porcs. OK.
Le film n'aurait-il pas été meilleur centré sur l'histoire de Pierre, atteint d'une maladie du coeur. Avec moins de stars et plus d'émotions ?




Paris bambelle de bons acteurs

En dehors de ces problèmes (majeurs malgré tout), le film dégage un charme indéniable et ce grâce à quelques scènes réjouissantes et une brochette d'acteurs au poil, Romain Duris - c'est le cas de le dire- en tête. Il est bien inutile de revenir une nouvelle fois là-dessus, mais ne soyons pas chiche: Duris, complice de Klapisch devant l'éternel, continue d'impressionner et confirme son statut d'acteur au-dessus du lot. Sa nonchalance et sa fragile virilité illumine les plus beaux passages du Paris. C'est cette habilité à se transcender qui étonne lors des scènes tragiques.
Sinon, Luchini fait son Luchini - ceux qui aiment seront ravis, Dupontel et Cluzet, comme à leur habitude sont absolument parfaits et Karin Viard fait toujours rire. Les autres n'ont pas vraiment le temps de s'exprimer et Juliette Binoche passe du sublime au médiocre toutes les deux séquences. Tout cela pour dire que le cinéma français dispose d'une armée de comédiens au top. Paris est là pour le prouver. C'est déjà une bonne chose en soi.
On reconnaîtra aussi ce rare talent chez Klapisch, c'est sa faculté de montrer l'élan amoureux et d'exceller dans l'expression de l'amour. Comme ce fut le cas dans Les Poupées Russes, les meilleures scènes sont souvent celles qui font se croiser les regards et s'effleurer les mains.






Malgré toutes les qualités propres à son réalisateur (la capacité de filmer les petites choses importantes, son talent pour diriger ses comédiens, l'utilisation du langage banal), Paris souffre d'une boulimie d'histoire, le scénario prenant diverses ruelles que le spectateur peine à emprunter. Alors on reste un peu en périphérie, on regarde les autres vivre; on se laisse prendre la main comme pour une insouciante ballade dominicale, le matin dans la capitale. Inutile mais agréable.

Par JSUL - Publié dans : Cinéma
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