Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /2008 15:26

Freak Show

Tous deux gargantuesques, rouges, talentueux dans leur domaines respectifs, passionnés par les monstres en tous genres, Guillermo Del Toro et son Hellboy reviennent marquer au fer grenat l’univers Dark Horse au cinéma. Après un premier volet fun et léger, Les Légions d’Or Maudites font-elles honneur au plus attachant de tous les demi-démons écornés ?




Il y a bien longtemps, humains et créatures mythiques ont scellé l’arrêt de la guerre par la destruction symbolique d’une couronne permettant de diriger la fameuse Légion d’Or. Mais un prince revanchard brise la paix et s’apprête à déverser sur terre une armée de créatures issues des royaumes invisibles...
Hellboy, grand gamin râleur, frimeur mais incompris, a la particularité d’être surpuissant et increvable ( et d’adorer les cigares). Lorsque les joyaux de la couronne sont subtilisés et plusieurs personnes littéralement dévorées, le Bureau de Recherche et de Défense sur le Paranormal (B.R.D.P.) est sollicité. L’affaire est confiée à Hellboy, sa petite amie Liz Sherman, pyrokinésiste (ça veut dire qu’elle joue avec le feu...), son délicat pote Abe Sapiens, amphibien aux multiples dons. Arrivé fraîchement de Washington, le médium  Johann Kraus rejoint la joyeuse bande, au grand damne d’un Hellboy aux méthodes moins subtiles.







Choisis ton camp, l’ami

Hellboy, créature créée de long en large par l’auteur américain Mike Mignola, est une oeuvre vraiment à part dans le paysage dessiné. Originale et indispensable. Poétique, spirituel, évidemment glauque, les aventures de ce “bâtard” des enfers font revivre quelques ambiances d’Edgar Allan Poe tout en interrogeant sur la notion d’appartenance  à un camp et de conviction.
Ainsi, les Légions d’Or traite de cette gêne d’Hellboy, son hésitation ambiguë à se rallier aux extrêmes : les humains ou les créatures fantastiques ? Sa volonté de se montrer, son besoin d’amour, de reconnaissance, de popularité est un revers du pouvoir et de son attirance pour la médiatisation.
Dans le monde des créatures invisibles, le garçon peut être lui-même mais semble vouloir plus. Del Toro insiste sur ce malaise en filigrane même si la richesse d’Hellboy réside dans  sa qualité visuelle et son humour ravageur.





Monstres & Cie

Nul besoin d’être fin observateur pour remarquer que le  Mexicain Guillermo Del Toro, ancien spécialiste du maquillage monstrueux, affectionne les bêtes étranges et inédites. On avait pu le remarquer dans Blade II et surtout dans Le Labyrinthe de Pan mais dans Hellboy II, il se lâche complètement en recréant pour l’occasion la moitié du bestiaire de la B.D. mais en imaginant d’autres créatures spécialement conçues pour l’occasion. La scène du marché des trolls est particulièrement délirante et d’une fraîcheur bienvenue. Un véritable moment de dépaysement visuel total et qui justifie à lui seul de se laisser tenter par l’homme à la queue toute rouge plutôt que l’homme au costard cette semaine...
Cette richesse visuelle, à chaque plan, comme si Del Toro risquait de perdre toute crédibilité auprès de Mignola, est l’un des deux atouts majeurs du film.





Romance gothique

L’autre qualité du film, indéniablement, sont les protagonistes. Del toro les a mis en scène de manière à réhabiliter le vrai sens du mot “bizarre”. Fantasques dans leur gestuel, dans leur accoutrement et leur physique, les quatre gus du B.R.D.P. sont diablement attachants et rigolos.
Attachant, chacun sont intrinsèquement sensible, fragiles; et comiques parce que leur physique ne coïncide pas avec leur mentalité, très “humaine”. Tel Tim Burton, Del Toro a fait de son amour pour la beauté chimérique, sa spécialité. La force du réalisateur est de faire aimer ses bêtes ; et le moins que l’on puisse dire est que son amour pour elles est plus que communicatif. Et cela rattrape largement un scénario des plus convenus.





Si la première demi-heure inquiète, l’arrivée du nouveau personnage permet au film de trouver son second “ souffle ” : Hellboy II dévoile son côté “ bestiaire ” démonstratif, culotté et volontairement kitsch; visuellement très heroic-fantasy (le merveilleux le marché des trolls !), burlesque, bourré d’humour (noir), ce second opus ne s’embarrasse pas de fond et laisse planer une poésie incongrue. Loin de se prendre la tête comme certains de ses collègues, ce super-geek cynique et soupe-au-lait fait un (énorme) bras d’honneur à la morosité automnale.


Légendomètre : 4/5




Par JSUL - Publié dans : Cinéma
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