Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 00:19

Kiffe, kiffe !

Puisque tous les films hébergeant le grand Will Ferrell restent souvent sur le banc de touche lors de leur sortie ciné (motif invoqué : le public français ne serait pas réceptif à cet humour, d'où l'absence totale de com'), c'est au bouche à oreille de faire son boulot en D.V.D. Les fidèles lecteurs de JSUL savent qu'on ne peut laisser passer cela. Mais vraiment pas, non mais. Pour ce nouveau délire sportif, Ferrell revient sur un fait marquant de l'âge d'or du basket-ball : la mort de l'ABA, le pendant rebelle de la ligue NBA. Coupes afro, moumoutes et cours de vomi. Aaah les seventies ...




Jackie Moon (Will Ferrel) est propriétaire, leader et entraîneur de l'équipe de basket des Flint Tropics. C'est grâce à son unique et ringard tube Love Me Baby qu'il a pu s'offrir le club et sa bande de basketteurs cools qui passent autant leur vie en boîte que sur le terrain. L'ambiance est décontractée et la vie est belle jusqu'au jour où Jackie Moon est contraint d'élever le niveau de son équipe dans les quatre premiers de la ligue ABA : cette dernière doit fusionner avec la NBA. Face au défi, Moon engage Monix (Woody Harrelson), ex-star de la NBA. Pour les Tropicals, c'est maintenant ou jamais. La gloire ou la loose.





Contre-pied de cochon

Pour ceux qui auraient vu la franche partie de rigolade Dodgeball (avec Stiller et Vaughn), soyons clair le scénario s'en rapproche énormément. Pas de surprises côté intrigue; mais ce n'est pas vraiment ce que l'on cherche quand on insert la galette dans le lecteur DVD. Nous, on veut des mimiques, des répliques à côté de la plaque, de l'absurde et des ruptures de folie. Pourtant, au risque de décevoir, Semi-Pro n'est pas vraiment hyper fendard. Explications.






Mi-figue, mi-raison

Dans la structure comique, et exceptées quelques situations d'anthologie (la danse des mascottes, par exemple), Will Ferrell fait office de pilier. Il tient la baraque... sans pourtant la casser, étrangement. Il n'évolue pas et laisse augurer du pire pour la suite de ses aventures. Malgré tout, les fans ne s'en lassent pas. Ferrell, on l'a dans le coeur quand il nous la met... ailleurs. C'est sûr, ce n'est pas fin ; à l'image finalement des gags bien graveleux qui parcourent le film. On doit avouer que les incursions dégueu sont loin d'être le point d'orgue de Semi-Pro -sauf une exemplaire scène d'apprentissage vomitif absolument dantesque : "je n'ai jamais vomi de ma vie... Je ne peux juste pas..." beugle Ferrell alias Jackie Moon. Les autres scenettes ras-le-slip semblent être dispersés ici et là avec presque autant d'envie qu'aurait une certaine nageuse à péter les records : ils font les marioles, ça le fait la plupart du temps... mais la motivation n'est pas toujours au rendez-vous.





Peace and love, man

A vrai dire, ce n'est pas très grave. Enfin, si c'est relativement terrible, on s'attend à expulser son sushi dans un élan de rire; mais la déception est tempérée par la qualité visuelle, nostalgique et sportive de l'ensemble. Déjà, la bande-son. Années 70 obligent, on se tape de la zik bien clichée comme il faut. Du Sly Stone en veux-tu en voilà. Et quand André Benjamin du groupe Outkast se ballade en boîte avec sa touffe (de cheveux) et Jackie Moon tripe sur une chanson issue de la blaxploitation, on aimerait avoir quarante ans de moins et remettre au goût du jour ces improbables pompes à paillettes d'Uranus. L'ambiance est là, filtrant une certaine mélancolie mine de rien. Mais c'est en réalité au sportif érudit que le film s'adresse en particulier puisque Semi-Pro revient su une ère symbolique du basket-ball américain, une aura qui a largement traversé les frontières US. Une période où la NBA n'était pas la seule présente sur le marché du terrain ciré mais où une ligue alternative titillait les plus groovy des rebondisseurs de baballes : la ABA. Si l'Association Basketball Association originelle - car ressuscitée il y a peu de temps (merci Wiki quand on n'y connaît rien) - avait ce piquant par rapport à la NBA, c'est qu'elle était tolérante envers certaines règles bien fun. Pour info, la ABA a introduit l'usage du 3 points, les concours de dunks et surtout, surtout les premières pom-pom girls. Bon, de tout ceci, on s'en balance un peu. Si l'on évoque ce vocabulaire sportif inhabituel, c'est pour expliquer que Semi-Pro, durant une heure et demie, retrace l'intégralité de ces petites trouvailles qui rendait le basket si jouasse : la création du alley-oop, le ridicules poses en mode pin-up des basketteur, les filles aux pompons qui se partagent volontiers entre équipiers et animateurs de fan-tv, et - c'est là tout le propos - particulièrement "l'esprit" ABA et du sport en général : le plaisir et la foi de jouer.






Semi-Pro nous serre du Will Ferrell quelque peu redondant, certes ; mais le film diffuse une certaine idée du sport telle qu'on aimerait la concrétiser actuellement : saine, fédératrice, hargneuse mais surtout simplement bandante pour le spectateur. Semi-Pro s'adresse ainsi à ceux qui aiment Ferrell et n'apprécient pas forcément le sport en général (la preuve) et qui pourront découvrir vraiment l'éclate des mecs qui jettent des ballons dans un filet. Semi-Pro n'est pas la pilule zygomatique pressentie mais une perle de fraîcheur bondissante qui se regarde comme un bon épisode de That's 70's Show. La larme à l'oeil d'être né si tard.
Par JSUL - Publié dans : Cinéma - Communauté : Critiques Culturelles
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