Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /2009 18:53

Street Fighter

Le point commun entre Gus Van Sant et Sean Penn ? Aucun si ce n'est de nous mettre une claque à chaque réalisation et/ou performance d'acteur. Rebelote. Drame engagé mais dégagé, embaumé de liberté et d'activisme, Harvey Milk est une leçon de biopic et un cours de comédie. Du cinéma viscéral, historique et vital.





1970. Harvey Milk (Sean Penn), 40 ans, vit dans le placard et dans le ressentiment de n'avoir rien fait de valable depuis sa naissance. Lorsqu'il quitte New York pour San Francisco avec Scott (James Franco), c'est la révélation : aux côtés de Cleve Jones (Emile Hirsch), il défendra les droits homosexuels. Jusqu'à la mort.



Universal picture

Il en faut des mecs comme Gus Van Sant pour nous rappeler la beauté de la différence. L'exclusion et l'homosexualité sont deux sujets qui lui sont chers et dont il se sent particulièrement concerné. Elephant, Will Hunting, Last Days, My Own Private Idaho sont parcourus tantôt de l'un, tantôt de l'autre. Après Gerry ou Paranoid Park, Gus Van Sant revient à un traitement plus traditionnel, plus digeste. Van Sant, rôdé aux biopics, retrace le parcours politique de Harvey Milk, premier porte-parole gay aux Etats-Unis. Il ouvre d'anciennes blessures, d'énormes entailles à la Déclaration d'Indépendance et à la communauté de Castro (quartier de San Francisco).
Le fait de ne s'intéresser qu'à lui, à partir de 1970, est intelligent. Le film ne tire pas sur les ficelles classiques de la biographie, proposant une lecture controversé et lucide du politicien et de ses proches. C'est d'ailleurs la plus grande qualité du film : prendre assez de recul sur le passé pour que l'icône soit efficace dans le présent.



Penn se dé-Sean

La définition du perfectionnisme, Sean Penn semble lui mettre un grand coup dans les dents ; si bien que même la langue française ne la reconnaît plus. Toujours sous le choc d'Into The Wild, c'est éberlué que l'on assiste à une transformation moins tape-à-l'oeil que passionnante du célèbre bad boy de L.A. Certes, le mimétisme est parfait mais les nuances de jeu sont diaboliques. Postures, sourire, coiffure, démarche, comme dans I Am Sam, Sean Penn n'existe plus durant deux heures. C'est Milk en personne qui hante le film. L'Oscar n'est pas de trop, Sean Penn est au firmament.
Au point d'oublier de parler du casting idéal que s'est payé Van Sant : James Franco, épatant en amoureux contrarié ; Emile Hirsch, fougueux mais adroit ; le toujours nickel Josh Brolin compose un personnage aussi fragile qu'ambigu, sans forcer. Et puis Douglas Smith en Paul Hogarth et Diego Luna en Jack sont chacun dans leurs parties fantastiques. On pourrait énumérer bêtement le reste de la distribution ou conclure par : "Le reste de la troupe est de qualité égale, communiant avec le propos, corps et âme". Tout à fait d'accord.



Gus tient la forme

L'orchestration subtile mais plein de vigueur de Danny Elfman sublime la force du propos et la virtuosité de Gus Van Sant. Harvey Milk est clairement plus accessible que ses autres oeuvres expérimentales et intimistes. Néanmoins, la patte Gus est bien présente et l'inventivité est de mise. On retrouve son talent pour filmer l'intime, sa caméra créant une bulle pour ses personnages. L'ambiance (appartement, bureaux, salle des fêtes) plonge le spectateur au coeur de la tourmente et de la victoire.
Nul besoin d'être érudit pour admirer ces cadrages de folie et ces formidables tableaux animés façon seventies (la scène du sifflet avec réflexion de l'action, le patchwork coloré lors du symbolique bouche-à-oreilles, au hasard). Gus aime toujours autant les miroirs. Le procédé est classique mais sur la pellicule de Van Sant, il est juste... bouleversant. 
D'une fluidité, d'une logique narrative et émotionnelle prodigieuse, Harvey Milk est moins pénétrant mais plus splanchnique.



Harvey Milk n'est pas seulement une démonstration technique splendide et puissante ; pas seulement un génial film militant pour la cause homosexuelle ; c'est une oeuvre citoyenne, dans laquelle chaque marginaux peut se retrouver. Gus Van Sant réveille les consciences, nous rappelle que la liberté est un combat progressif. Pour cela et pour les acteurs engagés dans la bataille - Sean Penn iradie  - Harvey Milk est un indispensable portrait de légende. Vital, on vous dit.






Par JSUL - Publié dans : Cinéma - Communauté : Critiques Culturelles
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