Mercredi 9 septembre 2009
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I have a dream... Again
Si, tels de gros guignards de l’espace, des aliens insectoïdes échouaient sur notre planète : comment les Hommes, dans leur infinie bonté, les accueilleraient-ils ? Bouquets de fleurs, bouteilles
de champ' et amuse-gueule ? Ou ghettoisation avec objectif de rentablité ?... Parabole aux airs de documentaire, l'uchronie réaliste de Neill Blomkamp choisit la seconde hypothèse. Lorsque
l’immigration croise la troisième dimension, la SF tape là où ça fait mal...
Lorsqu’il y a 28 ans des extraterrestres s'égarent au-dessus de Johannesburg, les humains, sans sommations, leur confisquent armes et technologies et les parquent dans un township à l’abri des
regards : le District 9.
Aujourd’hui, la zone est un bidonville, un ghetto où aliens et rebuts tentent de survivre. Pauvres et humiliées, les créatures tentent d’installer un peu d’humanité dans leurs habitudes...
C’est alors que la MNU, une multinationale privée s’aperçoit de l’énorme potentiel financier de la technologie alien. Histoire d’étudier tout ça de plus près, la MNU envoie des convois en vue d’un
déportement du District 9 vers un camp de concentration.
Pour gérer le transit, l’entreprise délègue le gendre du boss, un odieux employé moustachudu nom de Wikus van der Merwen (Sharlto Copley). Dans l’une des cabanes, lors de la rafle, Wikus entre en
contact avec un liquide extraterrestre. Commençant à muter en l’un deux, il se fait traquer par la MNU. Il ne peut plus faire confiance à personne et décide de se réfugier là où il risque de faire
ton sur ton... Au District 9.
Premier essai
A l’origine, un court-métrage sud-africain de Neill Blomkamp (connu pour sa pub robotique made in Citroën) : Alive in Joburg (2005), version light de ce District 9. Avec
son réalisme, son scénario frais et intelligent, le petit film séduit le père Jackson (non pas Michael, Peter). Le réalisateur du Seigneur des Anneaux lui offre Halo, l’adaptation
du best-seller de Microsoft. Cela n’arrivera pas, faute d’un budget alors aussi gros que Peter Jackson. Mais lorsque Blomkamp émet l’idée d’une adaptation d’Alive In Joburg à grande
échelle, Jackson dit banco. Naît District 9, le film sur l'immigration alien.
SdF
Une Afrique du Sud chancelante, des Nations Unis qui peinent à prendre de bonnes décisions (des décisions, tout court), des entreprises privées qui profitent de la ségrégation... Il faudrait venir
d’une autre planète pour ne pas s’apercevoir que District 9 s’inspire de l’Apartheid. Inhumanité et intolérance débordent des personnages humains présents dans le film où seuls les aliens
semblent purs, mus par le seul besoin de protéger leur famille et le désir profond de rentrer chez eux.
Caméra embarquée
L'un des forces de Neill Blomkamp est de savoir marier les styles pour offrir au film un charme unique. Pour raconter son uchronie, Blomkamp choisit de mêler image d’archives et séquences filmées à
l’épaule dans le but de coller à une réalité possible. Tourné dans sa première partie comme un documentaire, District 9 installe le spectateur dans une ambiance teintée de vécu. Les
images, fortes, renvoient au climat malsain de la discrimination à l’échelle interplanéaire. Le film retourne les tripes et met mal à l’aise...
Puis Distrcit 9 prend une direction différente pour ne pas oublier les amateurs d'action. Avec une économie de moyen remarquable, Blmokamp entraîne son public le plus nerveux dans une course contre
la montre effrénée. Les dernières scènes montrant la capacité du réalisateur à mélanger le drame au gore, l'intimiste lors d'un combat robotique digne d'Aliens de James Cameron.
Canis Canem Edit
Dans District 9, il est intéressant d’observer l’évolution, en à peine trois décennies, du comportement des ces visiteurs involontaires venus de l’espace. Au départ très méfiants et
pacifistes, ils se révèlent, après avoir communiquer avec les humains, agressifs voire bestiaux. Dans certaines scènes, l’effort d’assimilation des créatures peut prêter à sourire : voir une
sauterelle de 2,50 mètres, affublée d’un soutif rose, picoler devant les caméras tout en pissant, c’est quand même bien rigolo... mais néanmoins révélateur de l’influence des hommes sur leurs
habitudes de vie. Là, le long-métrage de Neill Blomkamp affirme avec simplicité notre don inné de générer la haine et de créer la violence par le cloisonnement... Tout cela, évidemment, en incluant
le spectateur et son regard complice.
Sharlto Copley : la révélation (comme on dit)
Dans le rôle de l’ambitieux Wikus van der Merwen, un peu beauf sur les bords, sorte de Hitler bureaucrate (la ressemblance est parfois troublante), on découvre un Sharlto Copley détonnant.
D’origine sud-africaine avec accent-à-couper-à-la-tronçonneuse en option, l’acteur passe par tous les registres, de la perversité à l'horreur, de la peur au courage en passant par un humour décalé
jouissif. Un artiste à suivre jusqu’en enfer.
L'ennemi ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur... La force du propos alliée à la réalisation super réaliste de Neill Blomkamp fait de ce District 9 une parabole acide et
édifiante. Transcendant le genre, il se pose en allégorie grandiose de la ségrégation raciale. Oeuvre d’anticipation, film politique et d’action, le polymorphe District 9 bouscule la SF
(le cinéma en général) et réveille les consciences endormies. Subversif et grandiose. District 9 ouvre ses portes le 16 septembre :
rejoignons les rangs.
Par PeQ
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Publié dans : Cinéma
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