Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /2009 01:20

Nu de sens

A priori, ce reportage sur l’univers de la mode a autant sa place ici qu’une chronique sur la flatulence dans un magazine féminin. Mais parfois on n'a pas le choix :  il y a des jours où l'on va au cinéma et d’autres où l'on accompagne au cinéma. Ce tour-ci, focus sur The September Issue de R.J. Cutler, documentaire sur Vogue (US), son numéro de septembre 2007, sa célèbre rédactrice en chef gourou et son équipe. Absolutely fabulous ?



R.J. Cutler filme la rédaction de Vogue lors de la réalisation du fameux numéro de rentrée (ici, 2007). Le documentaire s’attarde particulièrement sur deux figures du magazine : Anna Wintour, “prêtresse” mondiale de la mode, rédac’ chef à la réputation despotique et Grace Coddington, directrice de création.

Wintour par tour


Jamais personne n’avait pu approcher d'aussi près l’impitoyable fauve Anna Wintour. Et la connaissance de la mode n’est pas requis pour avoir conscience de l’incroyable influence dont jouit cette sexagénaire rédactrice en chef de Vogue US depuis 1988, adepte de la fourrure et des coupes Playmobil. Réputée imbuvable, transformant le quotidien de ses collaborateurs en enfer et ses collègues en diablotins asservis, Wintour fut il y a quelques temps l’objet d’une caricature de l’une de ces anciennes assistantes, Lauren Weisberger. Cette dernière publia donc Le Diable s’habille en Prada, best-seller s’il en est, inspirant du même coup le film interprété par Meryl Streep. Dans The September Issue, on croise Anna Wintour à plusieurs reprises. Et, oh dear lord, elle sourit, rit, écoute, approuve... Déception. elle semble plutôt cool, cet espèce de r House de la mode ! Dès lors, on peut comprendre deux choses : pourquoi Wintour a accepté d’ouvrir les portes de Vogue et pourquoi The September Issue a été sélectionné pour Deauville et Sundance.





Lifting social

The September Issue s’intéresse à la conception du plus célèbre, de la bible des magazines de mode mais s’est vendu en partie grâce à l’attente autour du personnage Wintour. Dire que le film fait de la propagande en adoucissant le tyran n’est pas tout à fait de la désinformation. La problématique relève de la spiritualité : comment le savoir ? On ne peut prouver que c’est vrai... on ne peut prouver que c’est faux.


Le vent nous portera

Voilà le gros souci : TSI se révèle tellement objectif, lisse, furtif et poli, qu’il n’apprend rien, ne montre rien. Rien de rien sur le passif de Wintour, sur le staff de Vogue US, sur le quotidien de ces bourreaux et victimes. Rien de rien. R.J. Cutler disait qu’il disposait de 300 heures d’enregistrements... Ainsi Cutler semble combler. Quand le silence s'installe, il remplit : plans fixes dignes de clichés touristiques sur le Colisée, la Tour Eiffel, séries de saynètes cinglantes d’Anna Wintour suivi d’un petit détour par un shooting survolé... et surtout, frasques et mécontentements du bras droit de Wintour : Grace
Coddington devient le sujet principal du film, sorte de planète autour de laquelle le réalisateur semble vouloir faire graviter les quelques plans redondants d'une rédaction de magazine.
Seul un montage bancal a pu donner naissance à une telle coquille de noix. En or massif, la noix, mais tout de même.


Rythm paradise

L’absence de voix off distille au coeur de l’action, les acteurs que sont ces grandes figures de la mode mais perd simultanément tout intérêt documentaire. C’est un pari osé et stylé mais malheureusement plat comme une paire d’espadrilles. Seul vient supporter ce château de cartes une bande-son plutôt fluide par rapport à la (pas si) glaciale Anna Wintour.

Le choix de la musique, dans un documentaire, est primordial. Si ce dernier est réussi, elle sublime le sujet traité. S’il est fumeux, elle fait passer la pilule. Dans The September Issue, c’est Margaret Yen qui supervise la bande-son. Comme dans Juno, sa première partition cinématographique, elle parvient à distiller les morceaux qu’il faut pour éviter au spectateur de s’endormir sur l’accoudoir. Beaucoup de Ratatat, beaucoup d’électro pêchu, bref : plutôt bon goût dans l’ensemble, beaucoup de plaisir. C’était indispensable.



"La mode se démode, le style jamais" disait Coco Chanel. Etiquetons volontiers ce lieu commun sur les 78 minutes de Cutler. The September Issue avance sur le podium des documentaires, certes avec classe, mais sans jamais vraiment savoir où aller. D’où une impression, pour celui ou celle qui pense que montrer une robe Balenciaga ne suffit pas à rattraper un film, de voir un reportage aussi passionnant qu'une chaussette sale. Next !
Par PeQ - Publié dans : Cinéma - Communauté : Critiques Culturelles
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Je Serai Une Légende

Critiques Pop / News Corn
JSUL est, depuis octobre, Pan sur Geek Culture, le site référence de... la culture geek !

Recherche

Radio Goo Goo




Recommander

Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés